(Photo d’en-tête : là où j’ai écrit cet article, dans le parc attenant au freecamp.)

Lundi 11 septembre 2017, 09h24.
Dans 25h ce sera mon anniversaire, 32 ans.

Je suis au Japon, en road trip à moto et freecamp autour des 4 îles principales, si tout se passe bien. J’ai toujours du mal à y croire, malgré les 4000+ photos que mon appareil photo affiche, et peu importe le nombre de fois où je le dis, où je l’écris. C’était un rêve tellement proche du fantasme que je n’osais pas y penser trop fort.

Un road trip. À moto. Au Japon. Virtuellement sans limite de temps.
Incroyable.

Tout ça grâce à mon pote Jona, avec qui j’avais échangé, mais que je n’avais jamais rencontré avant de venir, et qui a tout fait pour moi.
Il a trouvé la moto qui correspondait à mon budget et mes attentes, l’a achetée pour moi, est venu faire les papiers avec moi, l’a réparée là où c’était nécessaire pour que je sois en sécurité sur la route, et après ca, n’a pas cessé une seconde d’être là pour moi quand la solitude me pesait au fin fond du Daisetsuzan, et quand ne jamais rien comprendre à ce qui se passait autour de moi me faisait sentir comme la dernière des merdes pour ne pas avoir correctement appris le Japonais avant de venir.
Avec 30 ans de pratique à être autiste, on penserait que je serais habitué maintenant à être complètement paumé, eh bien non, pas du tout. On ne s’habitue jamais au sentiment de non-appartenance, tenez-vous le pour dit.

Après les réparations, en Juin donc, je suis monté le long de la côte Est de Honshu depuis Tokyo, puis j’ai passé presque 3 mois à visiter Hokkaido, en prenant même le temps de voir Rishiri et Sapporo, et maintenant je redescends, suivant la côte Ouest de Honshu cette fois, je cours devant la chute des températures. J’ai à peine 2 mois pour finir ma découverte vorace.
Enfin, je “cours”. Je devrais dire “je roule”. Ou plutot : je danse.
Pour moi, conduire une moto, c’est comme danser. La puissance, la conscience, est dans les jambes et les mains. Le reste des corps n’est que grâce et instinct, fusion avec l’autre. Plaisir et magie.
Je me demande si d’autres vivent la moto de la même manière…
Et du coup, quand, il y a 8 jours, après avoir quitté Sapporo et visité Otaru, je suis arrivé-e sur le mont Niseko-Annupuri sous la pleine lune, au lieu de grogner sur le danger (et les virages que tu vois pas, et les animaux que tu pourrais te prendre -renards, daims, tanuki, ours…- ), je me suis gorgé-e de la vue des montagnes qui se découpaient sur les étoiles, de l’abondance des courbes qui semblaient accompagner ma danse -la ligne des crêtes, les virages, la rondeur des montagnes qui tournaient avec moi, autour de moi- , et des couleurs veloutées qui m’enveloppaient.

Au final, ma plus grande chance est peut-être d’être capable d’apprécier ces choses si pleinement.

Demain donc, c’est mon anniversaire.
J’ai fait mon budget mensuel aujourd’hui (oui, je suis mes dépenses et rectifie mon budget régulièrement, y’a pas de secret à un si long voyage), et je me suis rendu à l’évidence : j’ai pas grand chose pour mon anniversaire.
J’ai déjà prévu de m’acheter une théière en cuivre martelée à la main de chez Gyokusendo quand je serai sur Sanjo, si j’en trouve une pas trop chère qui me plaît, mais ca sera dans au moins une semaine.
Tous les ans, c’est pareil : A quelques semaines de mon anniversaire, j’y pense et j’aimerais en faire quelque chose d’incroyable mais la vérité c’est que je ne sais pas comment.
Aussi loin que je me souvienne, je ne retrouve pas d’une seule vraie, festive-bruyante-et-folle célébration de mon anniversaire, juste pour moi. Sans doute en partie parce que mon anniversaire était trop proche de la rentrée scolaire, et on déménageaint trop souvent pour que j’aie des amis à inviter. Mais pas seulement. Même une fois adulte et autonome, j’ai pas su faire.
D’ailleurs, les fêtes d’anniversaire pour les autres, j’y étais tellement pas habitué que lorsque j’ai été invité-e aux 17 ans d’une copine de lycée, j’avais complètement oublié qu’en général, on offre un cadeau. Ce que j’ai pu m’invectiver intérieurement ce jour là…
Y’a bien eu celui que j’ai partagé avec deux amis pour mes 26 ans, mais c’était un ajout de dernière minute, et personne était au courant. Au moins celui-là était super festif, j’en ai de bons souvenirs.

Donc ouais. Les anniversaires, c’est un peu ma hantise. Je trouve le moyen de célébrer gentiment de temps en temps, mais les grandes festivités, pour autant que j’adore ça et je rêve d’en avoir une juste pour moi, je sais pas faire.

Cela dit, tous les ans, j’essaye de faire quelque chose de spécial.
L’an dernier, je suis allé-e en rando dans la montagne avec un ami pendant 3 jours. L’année précédente, ma foi, je traversais la France depuis l’Espagne et j’avais d’autres chats à fouetter. L’année d’avant, j’étais en Nouvelle-Zélande, je suis allé-e voir les All Blacks contre les Springboks en vrai, à Wellington, pour la coupe du monde de rugby.

Cette année, donc, petit budget, mais grande liberté.
Et donc demain, à l’heure où vous ne lirez pas ces lignes parce qu’à 3h30 du matin, les gens dorment maon cher-e mixiel*, enfin j’espère, je serai en train de me prélasser dans le bain à ciel ouvert de l’onsen le plus beau du Japon. J’ai prévu d’y passer la journée. La seule chose qui manquera, vraiment, seront les étoiles (il sera 10h30 ici). Mais il pleuvra des cordes, ce qui est pas mal aussi. 

A moi l’anniversaire aux bains de petit-lait!!!**

This slideshow requires JavaScript.


EDIT : J’ajoute ces photos après la journée à l’onsen.

C’était parfait. Il a plu par intermittence toute la journée, le son de la pluie sur les feuilles un délice, l’impact sur le paysage un régal.

Les petites bonnes femmes dans le bain m’ont posé les questions habituelles, embarrassé de compliments, admiré mon tatouage. 

Sur la route du retour, j’ai été forcé de m’arrêter pour me perdre dans la beauté des nuages sur le lac Tawaza, puis les couleurs incroyables des plantes dans la lumière du couchant, et juste quand je prenais cette photo, un arc en ciel s’est formé, l’espace d’une minute, juste en face de moi.

Par-fait.

.

.
*faudra faire avec ca en mélange non genré de “Mx et “mademoiselle”. “Mademoiselle” que certains détestent parce que c’est paternaliste et sexiste, mais qui pour moi à toujours été symbole à la fois de liberté et de jeunesse, et que je chéris très fort.

**C’est plus ou moins le nom de l’endroit.

Advertisements